Midi Libre
Les cercles dynamiques
de la philosophie retrouvée
Elle a fait breveter sa méthode de travail qui n’en finit pas de faire ses preuves
A 46 ans et mère de cinq enfants, Marie Delaporte, installée à Cazouis-lès-Béziers, passe tous ses week-ends à enseigner aux élèves de terminale sa méthode intitulée « Le procédé des cercles dynamiques ».
Aux quatre coins de France, 6 000 élèves ont déjà pu apprécier la démarche de ce prof de philo pour simplifier l’épreuve du baccalauréat


Midi Libre: Comment vous est venue l’idée de proposer une métho­de de travail en philosophie pour les élèves de terminales

Marie Delaporte: C’est très simple. Au bout d’un mois d’exercice comme pro­fesseur de philosophie, j’ai donné un devoir à mes élèves et les résultats n’ont pas été très bons. Je leur ai donné un cor­rigé type et leurs réactions ont été: « C’est ça qu’il fallait mettre ? Mais comment aurais-je pu trouver ça tout seul ? » En fait, je leur avais livré le produit fini mais pas le mode d’emploi. A l’époque, j’avais des élèves de technique d’un niveau assez faible. J’ai donc essayé de remonter le processus en élaborant une façon de tra­vailler. Au bout d’un an, j’ai vu les moyen­nes monter de trois ou quatre points. Alors j’ai fait breveter ma méthode !

M.L.: Une méthode qui a visiblement eu beaucoup de succès...

M.D.: Effective­ment. En l’espace de deux ans, j’ai reçu beaucoup de lettres et de témoi­gnages, des parents qui m’ont appelée de toute la France pour que je vienne parler de mon « procédé des cercles dynamiques ». Au début, j’ai créé une association. Puis le nombre d’élèves demandeurs ne cessant de s’accroître, venant de Rome, Lille ou Paris, j’ai vite été dépassée par les événements. Mon mari, alors que nous habitions près de ,Grenoble, a eu l’idée de construire une salle de classe dans notre grenier afin de recevoir tous ces élèves. Mais j’ai fini par ne déplacer de ville en ville. Aujourd’hui, je suis à plus de 1 000 élèves par an !

M.L.: Pour répondre à une telle demande quelle a alors été votre attitude ?

M.D.: Vous savez je ne fais aucune publicité autour de ma méthode. C’est le bouche à oreille qui a tout fait. Je suis sor­tie du système scolaire et je suis désor­mais indépendante. J’ai engagé un autre professeur que j’ai formé. La semaine, je fais huit heures de bureau par jour, j’orga­nise les rendez-vous, je fais la comptabilité et tous les week-ends je pars sur les lieux de stages que je propose.

M.L.: En quoi consistent ces stages ?

M.D.:Ils se déroulent sur deux jours. Le samedi, pendant cinq heures, je relate l’histoire de la philosophie, l’histoire de la pensée pour éviter les confusions du type «Platon et Freud sont contemporains. Puis les élèves et moi nous prenons un repas ensemble. C’est un moment de convivialité auquel je tiens beaucoup. Après le repas, je refais une heure de cours sur les citations. Une centaine est abordée pour réviser les auteurs. A 21 heures, chacun rentre chez soi. Ce n’est que le dimanche que je leur expose ma technique à proprement parler. C’est une technique qui est très simple.

M.L.: Concrètement, comment fonc­tionne ce procédé des cercles dynamiques ?

M.D.: Quand les enfants sont petits, on fait très attention à leur enseigner les choses par les biais de méthodes visuelles. Mais plus l’enfant grandi, plus ce principe simple est oublié. Or, le système que je propose est basé sur le visuel. C’est un jeu de cercles où l’on enferme les notions du sujet. Hors de ce cercle, l’élève est hors sujet. L’intérêt de la méthode est qu’elle prend le contre-pied de la métho­de habituelle, qui tend à faire poser sur le papier toutes les idées qu’évoque le sujet et seulement après à faire le tri. Le jour de l’examen, le temps manque pour appli­quer ce procédé. Ce que j’enseigne vise d’abord à poser le cadre, à faire le plan et seulement après viennent les idées. Je leur apprends à moduler, à adapter les notions.

M.L.: Et ça marche ?

M.D.: Il y a des élèves qui ont pu être sauvés de l’échec. Faute de méthodes, ils sont le plus souvent embarrassés. Ils ne savent pas par quel bout prendre le sujet de philo qui est proposé à leur sagacité. Les moyennes dans cette matière sont généralement très basses. Or, pour les cursus littéraires, la philosophie a un coefficient -7-, très élevé au bac.

Les bons élèves n’ont pas de problèmes. Mais pour ceux qui ont des difficul­tés je pense pouvoir les aider. Par exemple, mon fils aîné a eu 19 et ma fille 12.

Moi-même, je ne suis pas vraiment une intellectuelle. J’avais des difficultés scolaires. J’ai redoublé ma troisième et ma seconde. C’est pourquoi je m’étais toujours dit que si j’étais prof, j’aiderais les élèves en difficultés...

M.L.: Votre méthode a vingt ans, les stages existent depuis quinze ans. C’est une formule à succès que vous avez inventée ?

M.D.: C’est un truc qui marche et j’ai maintenant un fond de roulement intéres­sant. Les parents ou les associations de parents me contactent sans arrêt. Mais, même si mon auditoire est composé à 99 % d’élèves de terminales, j’ai aussi par­fois des personnes qui préparent des con­cours d’entrée en Sciences politiques, des agrégations, des maîtrises de droit ou d’économie... ou encore tout ce qui est culture générale. C’est une méthode qui s’applique à plein de choses car elle per­met de bâtir un plan cohérent, de structu­rer sa pensée.


Propos recueillis par Anne LOYER
(Marie Delaporte, 04 67 11 91 22, weekendbac@weekendbac.com)

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